le football, ce théâtre de passions 23
Le football, ce théâtre des passions, nous a offert une nouvelle illustration de sa complexité.
Au lendemain de la CAN 2025, le Maroc meurtri par une défaite, subissait une sanction dont la sévérité interrogeait, tandis que le Sénégal, auteur pourtant d’un geste d’humeur similaire, semblait bénéficier d’un traitement de faveur. Cette disparité dans l’échelle des peines a légitimement offusqué le Maroc qui a usé de son droit légitime de recours.
Le verdict est tombé, tel un coup de théâtre : la Cour d’Appel de la CAF a rendu son arbitrage, cassant la décision initiale. Le Sénégal se voit dépouillé de son bien le plus précieux, la coupe est retirée, et le Maroc est sacré champion sur tapis vert, par la grâce d’un 3-0 administratif.
Ce dénouement, s’il laisse un goût amer, replace le Maroc sur le toit de l’Afrique. Le football, que le Royaume a érigé en fer de lance de son soft power et de son rayonnement continental, lui offre une victoire en demi-teinte, acquise dans l’antichambre de la justice sportive plutôt que sur le pré.
Car au-delà du simple résultat, c’est une triste métamorphose que nous venons de vivre. La "Coupe d’Afrique des Nations" a, l’espace d’un instant, cédé sa place à une "Coupe d’Afrique de la Haine", où les rancœurs et les suspicions ont supplanté la fraternité qui devrait unir le football continental.
Aujourd’hui, la décision de la CAF est rendue. La justice, dans sa forme procédurale, a parlé et a donné raison au Maroc. Mais au-delà du gain sur tapis vert, se profile une question d’élégance et de grandeur d’âme.
Dans ce monde qui ne tourne pas rond, où le sport peine parfois à rester une simple parenthèse enchantée, une proposition audacieuse mérite d’être soufflée : et si le Maroc, fort de cette victoire judiciaire, tendait la main au peuple sénégalais ? Et s’il offrait ce trophée controversé en signe d’une fraternité supérieure, permettant au Sénégal de garder la coupe et de savourer une victoire sportive pleine et entière, tandis que le Maroc, par ce geste, gagnerait bien plus qu’un match : il remporterait la coupe du monde de l’élégance morale ?
En fin de compte, et c’est là l’essentiel, ce n’est que du football. Un football qui, parfois, nous rappelle que la véritable victoire ne se trouve pas toujours dans le palmarès, mais dans la manière dont on choisit de transcender les décisions pour préserver l’essentiel : le respect et l’amour du jeu.